Le principe

Il n'y a pas d'âge pour se soigner

L'idée qu'il serait « trop tard » est la première chose à écarter. Ce qui change avec l'âge, ce n'est pas la possibilité de traiter, c'est le contexte : plus de médicaments, des racines exposées, une salive moins abondante, parfois moins de dextérité pour le brossage. Le traitement se choisit en fonction de ce contexte, pas en fonction de la date de naissance.

La conséquence pratique la plus importante tient en une phrase : apportez votre ordonnance à chaque rendez-vous. Plusieurs traitements très courants après soixante ans modifient réellement notre conduite — et nous devons les connaître avant d'intervenir, pas après.

Ce qui change

Quatre évolutions à surveiller

Elles sont progressives et silencieuses, ce qui explique qu'on les découvre souvent tard. Aucune n'est une fatalité.

Salive

La bouche sèche

Rarement due à l'âge lui-même : le plus souvent, ce sont les médicaments. Antidépresseurs, traitements de la tension, diurétiques, antihistaminiques, traitements de la vessie — plus il y en a, plus la salive diminue. Or la salive protège les dents en permanence. Moins de salive, c'est plus de caries, une prothèse qui tient moins bien et des muqueuses fragiles.

Racines

Les caries du collet

Quand la gencive se rétracte, elle découvre la racine, qui n'est pas protégée par l'émail. Ces caries de racine progressent vite, font peu mal, et se logent juste au niveau de la gencive où la brosse passe mal. C'est la lésion la plus fréquente à cet âge.

Gencives

La parodontite au long cours

Une maladie parodontale qui évolue depuis des décennies finit par faire bouger les dents. Le diabète l'aggrave, et elle aggrave le diabète en retour : la relation joue dans les deux sens, et traiter les gencives améliore l'équilibre glycémique.

Gestes

Le brossage devient difficile

Arthrose des mains, tremblement, vue qui baisse, force réduite : le brossage perd en efficacité sans qu'on s'en rende compte. Une brosse électrique, dont le manche est plus gros et le mouvement automatique, compense une grande partie de cette perte.

À signaler impérativement

Les traitements qui changent notre conduite

Cette liste n'a pas pour but de vous inquiéter : dans l'immense majorité des cas, les soins se déroulent normalement. Elle existe parce que l'information doit nous parvenir avant l'intervention.

Ce que nous devons savoir

  • Anticoagulants et antiagrégants — nous adaptons le geste et les moyens d'hémostase. L'arrêt du traitement est rarement nécessaire et ne se décide jamais sans votre médecin.
  • Traitements de l'ostéoporose (bisphosphonates, dénosumab), en comprimés ou en injections, actuels ou anciens — ils modifient le remodelage de l'os et imposent des précautions particulières avant toute extraction ou pose d'implant.
  • Diabète — nous tenons compte de son équilibre pour la cicatrisation, et nous programmons les rendez-vous en fonction de vos repas et de votre traitement.
  • Antécédents cardiaques : valve, endocardite, stent récent — certaines situations demandent une couverture antibiotique avant certains gestes.
  • Radiothérapie de la tête ou du cou, même ancienne, et chimiothérapie ou immunosuppresseurs en cours.

Comment nous procédons

  • Nous reprenons votre ordonnance à chaque bilan : les traitements changent, la liste doit rester à jour.
  • En cas de doute, nous contactons directement votre médecin traitant ou votre spécialiste avant d'intervenir.
  • Nous privilégions les solutions qui évitent la chirurgie lorsqu'une alternative existe et qu'elle donne un résultat comparable.
  • Quand une extraction est inévitable, elle est préparée : bilan, moment choisi, consignes post-opératoires détaillées, contrôle de cicatrisation.
  • N'arrêtez jamais un médicament de vous-même avant un rendez-vous. Venez avec, nous ferons le point.
Vos questions

Questions fréquentes

J'ai la bouche sèche en permanence. Que faire ?

D'abord en identifier la cause : dans la plupart des cas, c'est un effet indésirable d'un ou plusieurs médicaments. Un aménagement est parfois possible avec votre médecin — jamais de votre propre initiative.

En attendant, quelques mesures aident réellement : boire par petites gorgées tout au long de la journée, sucer des pastilles ou mâcher des chewing-gums sans sucre pour stimuler les glandes, utiliser un substitut salivaire en spray ou en gel, éviter l'alcool et les bains de bouche qui en contiennent, et humidifier la chambre la nuit.

Une bouche sèche justifie à elle seule des contrôles rapprochés et un dentifrice fortement fluoré : le risque de carie augmente nettement.

Est-ce que je suis trop âgé pour des implants ?

L'âge en soi n'est pas une contre-indication. Ce qui compte, c'est le volume d'os disponible, l'état des gencives, l'équilibre d'un éventuel diabète, le tabagisme, et surtout les traitements en cours — les traitements de l'ostéoporose au premier plan. Une étude pré-implantaire répond précisément à cette question dans votre cas.

Une application fréquente et particulièrement utile : stabiliser une prothèse complète du bas avec deux implants. Ce n'est pas la même intervention qu'une réhabilitation complète, et le gain de confort au quotidien est considérable.

Ma prothèse ne tient plus, elle bouge quand je mange.

C'est attendu, et ce n'est pas la faute de la prothèse. Sous un appareil, l'os de la mâchoire se résorbe lentement et continuellement : la prothèse, elle, ne change pas de forme. Au bout de quelques années, elle ne correspond plus au relief sur lequel elle repose.

Selon l'importance du décalage, la solution est un rebasage — on refait la face interne pour l'adapter au relief actuel —, la réfection de la prothèse, ou sa stabilisation sur implants. Ne comblez pas le jeu à la colle de façon prolongée : elle masque le problème pendant que les blessures s'installent.

Faut-il continuer les contrôles quand on n'a plus de dents ?

Oui, une fois par an. Une prothèse s'use et se déstabilise, les points d'appui blessent, et surtout l'examen des muqueuses reste nécessaire : une lésion sous un appareil ne se voit pas quand on ne le retire pas. Nous en profitons pour contrôler l'état de la prothèse elle-même et la nettoyer.

Mon parent ne peut plus se brosser les dents seul.

Il faut alors que quelqu'un le fasse, ou l'accompagne. Placez-vous derrière la personne, tête légèrement calée contre vous : c'est la position la plus confortable pour les deux et celle qui donne la meilleure visibilité. Une brosse électrique à petite tête simplifie beaucoup le geste, et des brossettes interdentaires remplacent avantageusement le fil, difficile à manier pour un tiers.

Les prothèses se retirent et se nettoient chaque jour, et se laissent hors de la bouche la nuit. Nous détaillons la marche à suivre sur la page entretien des prothèses amovibles. Dites-nous si vous rencontrez des difficultés : nous montrons volontiers les gestes à l'aidant pendant le rendez-vous.

Les déplacements sont compliqués. Peut-on adapter les rendez-vous ?

Dites-le nous au moment de la prise de rendez-vous. Nous pouvons regrouper plusieurs soins sur une même venue pour limiter les allers-retours, choisir un horaire calme, et prévoir un temps plus long si la personne se fatigue vite ou a besoin d'être installée. Le cabinet est accessible en fauteuil roulant. Si la situation demande une organisation particulière — accompagnement, transport, mobilité réduite —, parlons-en : c'est aussi l'objet de notre page soins et handicap.

Faire le point, à tout âge

Venez avec votre ordonnance : c'est le meilleur point de départ pour un bilan utile.