De quoi s'agit-il

Ce n'est pas la dent qui est malade, c'est ce qui la tient

Une dent n'est pas plantée directement dans la mâchoire : elle est maintenue par un ensemble de tissus — la gencive, un ligament, et l'os qui l'entoure. C'est cet ensemble, le parodonte, qui est atteint. La dent elle-même peut être parfaitement saine, sans la moindre carie, et se déchausser malgré tout.

Deux stades

La gingivite se soigne, la parodontite se stabilise

La différence entre les deux est capitale, parce qu'elle décide de ce que l'on peut espérer.

Réversible

La gingivite

L'inflammation reste limitée à la gencive. Elle rougit, gonfle et saigne au brossage. À ce stade, aucun tissu de soutien n'est détruit : un nettoyage professionnel et une hygiène rigoureuse suffisent à tout faire rentrer dans l'ordre. La gencive redevient saine.

Irréversible

La parodontite

L'inflammation a gagné les tissus profonds et l'os qui entoure les racines a commencé à se résorber. Cet os ne repousse pas. L'objectif du traitement n'est donc pas de revenir en arrière, mais d'arrêter la destruction et de conserver ce qui reste — ce qui, pris à temps, permet de garder ses dents toute sa vie.

Pourquoi l'os se détruit

Un mécanisme en trois temps

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    Le biofilm s'installe

    Les bactéries de la bouche s'organisent en une pellicule adhérente — le biofilm, ce que l'on appelle couramment la plaque dentaire. Là où elle n'est pas retirée quotidiennement, sa composition se déséquilibre progressivement au profit d'espèces plus agressives.

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    L'organisme réagit — et c'est lui qui abîme

    C'est le point le plus contre-intuitif : l'essentiel des dégâts n'est pas causé directement par les bactéries, mais par la réaction inflammatoire que votre organisme déclenche pour s'en défendre. Lorsque cette inflammation devient chronique, elle finit par détruire les tissus qu'elle était censée protéger.

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    La poche se creuse

    La gencive se décolle de la racine et l'os se résorbe : il se forme un espace profond entre la dent et la gencive, appelé poche parodontale. Cette poche est inaccessible à la brosse à dents et devient un abri idéal pour les bactéries. Le processus s'auto-entretient — d'où la nécessité d'une intervention professionnelle pour le rompre.

Ce qui doit alerter

Une maladie qui ne fait pas mal

C'est ce qui la rend redoutable : elle progresse sans douleur pendant des années. Beaucoup de patients ne consultent qu'au moment où une dent bouge — c'est-à-dire tard. Ces signes, eux, apparaissent bien avant.

Des gencives qui saignent

Au brossage, en mangeant une pomme, ou spontanément. Une gencive saine ne saigne pas. Le saignement n'est jamais « normal » et n'est pas une raison de brosser moins.

Une mauvaise haleine tenace

Persistante malgré le brossage, ou un mauvais goût dans la bouche au réveil.

Des dents qui paraissent plus longues

La gencive se rétracte et découvre la racine. Souvent accompagné d'espaces noirs qui apparaissent entre les dents, et d'une sensibilité au froid.

Des dents qui bougent ou se déplacent

Mobilité, ou dents de devant qui s'écartent alors qu'elles étaient alignées depuis toujours. C'est un signe tardif : consultez sans attendre.

Le déroulé

Comment nous traitons

Le traitement se conduit par étapes, avec une phase d'évaluation avant de décider de la suite. Rien n'est décidé à l'avance : tout dépend de la façon dont vos tissus cicatrisent.

  1. Étape 1

    Le bilan parodontal

    Nous mesurons la profondeur des poches autour de chaque dent à l'aide d'une sonde graduée, et nous complétons par des radiographies qui montrent le niveau osseux réel. Ce relevé, consigné dans un schéma, établit le diagnostic, sa sévérité — et servira de point de comparaison pour la suite.

  2. Étape 2

    Le traitement non chirurgical

    Nous nettoyons les surfaces radiculaires sous la gencive pour éliminer le biofilm et le tartre logés dans les poches, avec une anesthésie si la zone le nécessite ou si vous le souhaitez. C'est le cœur du traitement, et il se déroule le plus souvent en plusieurs séances. En parallèle, nous vous formons aux gestes d'hygiène adaptés à votre situation.

  3. Étape 3

    La réévaluation

    Après un délai de cicatrisation de l'ordre de deux mois, nous refaisons le même relevé et le comparons au premier. C'est ce qui nous dit objectivement ce qui a fonctionné. Chez la majorité des patients, ce traitement suffit à stabiliser la maladie. Là où des poches profondes persistent, une phase chirurgicale peut être proposée.

  4. Étape 4

    La maintenance, à vie

    C'est l'étape que l'on sous-estime, et pourtant celle qui décide du résultat à long terme. Des séances de suivi régulières, généralement tous les 3 à 6 mois selon votre profil, permettent de détecter et de traiter toute reprise avant qu'elle ne fasse de nouveaux dégâts.

Votre part du travail

Les brossettes interdentaires

La brosse à dents ne nettoie que trois faces sur cinq. Les deux faces situées entre les dents lui échappent complètement — or ce sont précisément les zones où la maladie parodontale démarre et où elle récidive.

C'est pourquoi nous calibrons vos brossettes : chaque espace entre vos dents a une largeur différente, et une brossette trop fine ne nettoie rien tandis qu'une brossette trop large blesse la gencive. Nous déterminons la taille qui convient à chacun de vos espaces et nous vous montrons le geste.

Ce passage est nécessaire au minimum une fois par jour, et à vie. Ne changez pas de taille sans nous en parler : nous vérifions au fil du temps qu'elles restent adaptées, car les espaces évoluent avec la cicatrisation.

Trois brossettes interdentaires de tailles différentes, rouge, verte et jaune, tenues à la main
Calibrées pour vous Chaque espace interdentaire a sa taille de brossette. Nous les déterminons une par une.
Vos questions

Questions fréquentes

Est-ce que je vais perdre mes dents ?

C'est la première question que posent les patients, et la réponse est rassurante : une parodontite prise en charge et suivie se stabilise dans la grande majorité des cas, et les dents se conservent — souvent pour la vie entière.

Ce qui fait perdre les dents, ce n'est pas la maladie en soi : c'est la maladie non traitée, ou traitée puis abandonnée. Le pronostic dépend de trois choses : le stade auquel elle est diagnostiquée, la rigueur de votre hygiène quotidienne, et la régularité du suivi.

Est-ce que l'os peut repousser ?

Spontanément, non. L'os détruit par la maladie ne se reconstitue pas de lui-même, et il faut l'entendre clairement : le traitement ne remet pas les choses comme avant.

Dans certaines situations bien précises, lorsque la perte osseuse a une forme particulière, des techniques chirurgicales de régénération permettent de reconstruire une partie du support. Cela ne s'applique pas à tous les cas et se décide après la réévaluation, jamais d'emblée.

L'objectif réaliste du traitement est d'arrêter la destruction, pas de l'inverser. C'est déjà considérable : cela signifie garder ses dents.

Est-ce que c'est de ma faute ? Je me brosse pourtant les dents.

Non, et c'est important de le dire. L'hygiène joue un rôle majeur, mais elle n'explique pas tout : à quantité de plaque comparable, deux personnes ne développeront pas la même maladie. La façon dont votre organisme réagit à l'inflammation vous est propre, et elle comporte une part héréditaire sur laquelle personne n'a de prise.

Beaucoup de patients atteints se brossent les dents consciencieusement. Ce qui manque le plus souvent, ce n'est pas la bonne volonté — c'est le nettoyage entre les dents, que la brosse ne fait pas.

Le tabac change-t-il quelque chose ?

Énormément. Le tabac est le principal facteur de risque évitable de la maladie parodontale. Il aggrave la destruction, ralentit la cicatrisation et diminue nettement les résultats du traitement.

Il a par ailleurs un effet trompeur : en resserrant les vaisseaux de la gencive, il masque le saignement. Un fumeur peut donc avoir une maladie avancée sans jamais avoir constaté le moindre signe d'alerte.

Nous n'allons pas vous faire la morale. Mais nous vous devons cette information : un arrêt, même tardif, améliore mesurablement le pronostic. Nous pouvons vous orienter vers un accompagnement si vous le souhaitez.

Et si je suis diabétique ?

Le diabète et la maladie parodontale s'influencent mutuellement. Un diabète mal équilibré favorise la parodontite et complique sa cicatrisation ; à l'inverse, une inflammation parodontale non traitée rend le diabète plus difficile à contrôler.

C'est pourquoi nous travaillons de concert avec votre médecin. D'autres pathologies chroniques et certains traitements de longue durée peuvent également jouer un rôle : signalez-nous toujours vos antécédents et vos médicaments.

Le traitement est-il douloureux ?

Contrairement à ce que beaucoup imaginent, ces séances ne nécessitent pas systématiquement d'anesthésie. Le nettoyage sous-gingival est le plus souvent bien supporté tel quel.

Nous y avons recours lorsque les zones à traiter sont profondes ou sensibles, ou tout simplement si vous préférez être anesthésié : dites-le nous, c'est vous qui décidez. Nous vous demandons pendant la séance comment vous vous sentez, et nous nous adaptons.

Dans les jours qui suivent, des sensibilités au froid sont fréquentes et des gencives un peu douloureuses sont normales. Vous constaterez aussi que vos dents paraissent plus longues et que des espaces apparaissent : ce n'est pas une aggravation, c'est le dégonflement de la gencive qui laisse voir la réalité de la situation osseuse. C'est un signe de cicatrisation, pas d'échec.

Pourquoi un suivi à vie ? Je ne serai jamais guéri ?

La parodontite est une maladie chronique, au même titre que l'hypertension ou le diabète. On ne la « guérit » pas définitivement : on la met en rémission et on l'y maintient. Le terrain qui l'a permise, lui, ne disparaît pas.

Les séances de maintenance, tous les 3 à 6 mois selon votre profil, servent exactement à cela : contrôler que rien ne repart, nettoyer ce que vous ne pouvez pas atteindre, et réintervenir tôt si un site se réactive. Les patients qui interrompent ce suivi rechutent — et l'on perd alors le bénéfice de tout le traitement.

Vos gencives saignent ?

Un bilan parodontal permet de savoir précisément où vous en êtes. Plus il est fait tôt, plus il y a de tissu à conserver.